À travers le récit de sa propre expérience comme fondatrice de la Ferme des Enfants , une école ouverte inspirée de la pédagogie Montessori dans le sud de l’Ardèche, Sophie Rabhi nous livre un témoignage sincère et éclairant sur le rôle critique de l’enfance et de l’éducation dans l’état du monde d’aujourd’hui et de demain. Une oeuvre inspirante, dans la droite lignée de celle de son père Pierre Rabhi.

Dans ma quête quotidienne de comprendre les tenants et les aboutissants de la situation critique à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui, Sophie Rabhi tient une place prépondérante.
En effet, c’est d’abord en visionnant le récent documentaire « Les Enfants de Demain« , qui présente l’histoire de l’école qu’elle a fondée et du éco-hameau Le Hameau des Buis qui a suivi, que j’ai compris à quel point l’éducation était une des pièces centrales du puzzle que j’essaye de reconstituer. Ce reportage m’a tellement ouvert les yeux que j’ai décidé d’aller voir les choses sur place, et tout naturellement de compléter la démarche en lisant son ouvrage écrit en 2011, la Ferme des Enfants.
Ce livre est à l’image de la personne que j’ai rencontrée : clair, précis, sincère, touchant.
Il explique le cheminement intérieur que Sophie Rabhi a parcouru, notamment en devenant mère, pour proposer à ses enfants et à ceux des autres une éducation différente de l’éducation « académique », que ce soit dans le cadre familial ou scolaire.
C’est d’abord en découvrant l’héritage de personnes fondatrices comme Alice Miller et Marta Montessori, qu’il est devenu clair pour elle que ce que l’on appelle la violence éducative ordinaire était un fléau qu’il lui fallait combattre en tant que mère et en tant qu’éducatrice.
La violence éducative ordinaire, ce sont ces petits gestes ou paroles de tous les jours (comme donner une tape sur les mains à un enfant, ou lui dire « non » de manière intempestive), acceptés dans nos sociétés, mais dont les effets sont dévastateurs sur l’épanouissement de l’enfant et jusque dans sa vie d’adulte. En voulant le façonner à son image, l’adulte inhibe l’enfant dès son plus jeune âge, freine sa créativité et sa personnalité profonde pour le faire rentrer dans la normalité. L’enfant devient un être peureux dès lors qu’il sort de sa zone de confort. De même, il éprouve de moins en moins d’empathie, étant plus à même d’accepter sa propre violence et celle faite autour de lui y compris sur l’environnement.
Au contraire, la mise en place d’un système basé sur l’écoute, l’empathie, la libre exploration, produit des effets inverses. Il permet la pleine expression d’enfants qui deviennent des êtres sensibles, curieux, responsables, confiants, respectueux de leur environnement, capable de s’exprimer avec leur libre-arbitre. Plus proches de la vraie nature humaine aussi, car nous ne naissons pas violents, mais pacifique, avant de subir une transformation contre-nature.
C’est ce système que Sophie Rabhi a patiemment bâti avec ses enfants, et au sein de l’école qu’elle a fondée. Un pari un peu fou qui s’affirme aujourd’hui comme une vraie réussite, avec maintenant plus de 80 enfants venus de toute l’Europe et de longues listes d’attentes, dans ce magnifique site au milieu de la garrigue ardéchoise. Evidemment, il serait malhonnête de prétendre que la mise en place d’un tel système éducatif est facile. Éduquer des enfants n’est jamais simple à la base, et les éduquer selon des principes différents de ceux auxquels nous avons nous-mêmes été éduqués est probablement encore plus dur. Et il est souvent plus « pratique » de faire taire un enfant, de la rabrouer, que d’essayer patiemment de le comprendre et de l’écouter. Mais être animé par l’inébranlable conviction que les enjeux sont absolument capitaux pour l’humanité et la planète permet de garder le cap.
Au final, la démarche est probablement aussi enrichissante et bénéfique pour l’enfant que pour adulte, puisqu’elle pousse celui-ci à se remettre constamment en question, à sortir de ses conditionnements, et à faire ressortir les prédispositions humanistes et bienveillantes qui avaient été en partie enfouies.
Une oeuvre que je ne peux que chaudement recommander. Elle est également une porte d’entrée idéale pour nous donner envie d’explorer plus en détails cette thématique passionnante et essentielle, qu’est le rôle de l’éducation face aux enjeux contemporains.
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