Faut-il manger les animaux? est un must-read pour toute personne qui souhaite savoir ce qu’il se cache derrière la viande que l’on ingurgite en quantité industrielle dans nos sociétés occidentales. Un récit très personnel à la fois drôle et effrayant, et surtout parfaitement articulé et documenté.

J’ai longtemps moi-même été un gros amateur de viande sous toutes ses formes, et m’engloutir fièrement une côte de bœuf d’un kilo faisait partie de mes « compétences ». Je parle au passé, car j’ai petit-à-petit pris conscience des innombrables maux qui résultent de notre goût immodéré pour la barbaque; et je ne parle même pas ici des effets néfastes avérés sur notre santé, mais de tous les dommages collatéraux causés par l’élevage intensif.

J’ai notamment visionné quelques documentaires et lu quelques livres qui m’ont fait l’effet d’une bombe. Celui de Jonathan Safran Foer en fait partie, et difficile après ça de commander un steak tartare sans y réfléchir à deux fois.

L’auteur américain s’est fait connaitre par 2 romans à succès qui témoignaient déjà d’une certaine sensibilité, et d’une volonté de se questionner sur ses racines et sur ce qui l’a construit en tant qu’homme, notamment dans Tout est illuminé (que je n’ai pas lu mais dont j’ai vu l’intéressante adaptation cinématographique, avec un Elijah Wood à 1000 lieux de son rôle de Hobbit).

Rien à la base ne prédestinait l’auteur à consacrer 3 années de sa vie à investiguer sur les conditions de traitement des animaux d’élevage, encore moins à aller jusqu’à rentrer clandestinement dans des batteries de poulets industriels en compagnie d’une activiste aguerrie…A la base, il n’aimait pas les animaux, et avait appris de sa grand-mère rescapée des camps que la nourriture était un don précieux à ne pas gâcher. Pourtant, le jour où il se prend d’affection pour un chiot qu’il décide sur le champs d’adopter, son regard sur le genre animal commence à changer. Par la suite, d’autres événements tel que la paternité, ainsi que son exigence d’écrivain, le pousse à entreprendre cette enquête qui va le transformer profondément.

Le livre met notamment en exergue le fait que, comme beaucoup de choses qui touchent à notre alimentation, mais peut-être encore plus concernant la viande, nous nous retrouvons vite en face de nos contradictions et de nos lâchetés. En effet, l’immense majorité des gens reconnait que les animaux peuvent ressentir la souffrance, l’immense majorité des gens soupçonne que les pratiques de pêche et d’élevage industriels cachent des pratiques barbares, l’immense majorité des gens ont des doutes sur la qualité de la viande qu’on leur propose…et pourtant, peu essayent d’en savoir un peu plus. Car rapidement, un sentiment de honte s’empare de nous, et l’on préfère au final la gratification immédiate d’un bon steak saignant à l’épreuve douloureuse d’une remise en question de nos habitudes. Et il faut dire bien sûr que l’omerta des industriels sur la réalité de leur pratique n’aide pas…Pourquoi d’ailleurs ces entreprises agro-alimentaires refuseraient-elles systématiquement l’accès à leurs sites s’il n’y avait pas une réalité sordide à cacher?  Comme le dit l’auteur, « les barons de l’élevage industriel savent que leur modèle d’activité repose sur l’impossibilité pour les consommateurs de voir (ou d’apprendre) ce qu’ils font ». Au final, le statut quo est plus simple pour tout le monde, et la situation tellement bien acceptée que quiconque essaye de la remettre en question se fera vite taxer de marginal, voire d’extrémiste.

Ainsi ce sont de nombreuses dérives de l’industrie de la viande, et par extension du capitalisme exacerbé, qui sont mises en lumière, comme encore les effets dévastateurs liés à la recherche du toujours moins cher. Au final, je ne peux que vous encourager à vous procurer ce livre, que l’on dévore comme une bonne pièce de…seitan!

 

 

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